# Menuiseries et isolation acoustique : quelles solutions privilégier ?
Les nuisances sonores représentent aujourd’hui l’une des préoccupations majeures des habitants des zones urbaines et périurbaines. Selon l’ADEME, près de 68% des Français se déclarent gênés par le bruit à leur domicile, qu’il provienne de la circulation routière, des transports aériens ou ferroviaires, ou encore du voisinage. Les menuiseries extérieures constituent le point faible principal de l’enveloppe du bâtiment en matière d’isolation phonique. Là où un mur correctement isolé peut atteindre un affaiblissement acoustique de 50 à 60 décibels, une fenêtre standard peine à dépasser les 30 dB. Pourtant, des solutions techniques existent pour améliorer significativement les performances acoustiques des menuiseries, allant du choix du vitrage aux systèmes d’étanchéité, en passant par la sélection du matériau de châssis. Le marché propose désormais des fenêtres capables d’atténuer les bruits extérieurs de plus de 45 dB, transformant ainsi un environnement initialement stressant en un véritable havre de paix.
Comprendre les coefficients d’isolation acoustique rw et RA,tr pour les menuiseries
L’évaluation des performances acoustiques d’une menuiserie repose sur des indicateurs normalisés qui permettent de comparer objectivement les différents produits disponibles sur le marché. Le coefficient Rw (Weighted Sound Reduction Index) constitue l’indice de base mesurant l’affaiblissement acoustique global d’une paroi vitrée. Exprimé en décibels, il quantifie la capacité de la menuiserie à atténuer un bruit « rose » standardisé couvrant l’ensemble des fréquences audibles. Toutefois, cet indicateur seul ne suffit pas à caractériser la performance réelle face aux nuisances quotidiennes.
C’est pourquoi les normes européennes ont introduit deux termes correctifs essentiels : C et Ctr. Le terme C (spectrum adaptation term) correspond aux bruits à spectre continu comme les conversations, la musique ou les activités intérieures. Le terme Ctr, quant à lui, caractérise l’efficacité face aux bruits à basses fréquences typiques du trafic routier, ferroviaire et aérien. Ces corrections sont généralement négatives, ce qui signifie qu’elles réduisent la performance globale affichée. Ainsi, une fenêtre présentant un Rw de 35 dB pourra avoir un Rw+Ctr de seulement 32 dB face au bruit d’une autoroute.
L’indice RA,tr (Rw + Ctr) devient donc l’indicateur le plus pertinent pour évaluer la performance d’une menuiserie dans un environnement urbain bruyant. Une étude menée par le CSTB en 2023 démontre que la différence entre Rw et RA,tr peut atteindre 5 à 8 dB selon la composition du vitrage, ce qui représente une variation considérable du confort acoustique ressenti. Pour vous donner un ordre de grandeur, une atténuation de 3 dB correspond à une division par deux de l’intensité sonore perçue. Il est donc crucial d’exiger la mention de l’indice RA,tr sur les fiches techniques des fabricants avant tout achat.
Les performances acoustiques réelles d’une menuiserie face aux bruits de circulation peuvent être de 5 à 8 décibels inférieures à l’indice Rw affiché, d’où l’importance de privilégier l’indicateur RA,tr lors de votre choix.
Vitrages
Vitrages phoniques multicouches : configuration asymétrique et feuilletés acoustiques
Le vitrage constitue la première barrière contre le bruit extérieur. Sa composition, son épaisseur et la nature des films intercalaires ont un impact direct sur l’isolation acoustique de la fenêtre. Les vitrages phoniques multicouches s’appuient sur deux grands principes physiques : la loi de masse (plus le vitrage est lourd, plus il bloque le son) et le système « masse–ressort–masse » (deux vitres séparées par une lame d’air ou de gaz jouant le rôle de ressort). En pratique, cela se traduit par des combinaisons de verres d’épaisseurs différentes, souvent associés à des verres feuilletés PVB acoustiques.
Pour un projet en environnement bruyant, il ne suffit donc pas d’opter pour un simple double vitrage standard de type 4/16/4. Il est recommandé de viser des configurations asymétriques et/ou feuilletées, avec une lame de gaz argon optimisée. Ces vitrages phoniques peuvent faire gagner de 5 à plus de 10 dB par rapport à un double vitrage basique, ce qui se traduit par une réduction très nette du niveau sonore perçu dans le logement.
Vitrage feuilleté PVB acoustique 44.2/16/10 : performances en décibels
Le vitrage feuilleté acoustique 44.2/16/10 est une configuration très répandue pour les fenêtres hautes performances en zone urbaine dense. Le verre extérieur 44.2 est constitué de deux feuilles de verre de 4 mm, reliées entre elles par deux films de polyvinyl butyral (PVB) acoustique. Le verre intérieur de 10 mm vient compléter l’ensemble, séparé par une lame d’argon de 16 mm. Cette structure lourde et dissymétrique permet de casser les phénomènes de résonance et d’amortir efficacement les vibrations sonores.
En laboratoire, un double vitrage de type 44.2/16/10 atteint couramment un indice Rw de l’ordre de 42 à 44 dB, avec un RA,tr pouvant se situer autour de 38 à 40 dB selon le châssis associé. Concrètement, cela signifie qu’un bruit de trafic routier à 75 dB(A) en façade pourra être perçu autour de 35 à 37 dB(A) à l’intérieur, soit l’équivalent d’une conversation feutrée. Ce type de vitrage feuilleté PVB acoustique est particulièrement indiqué pour les façades exposées à une rue très passante, un carrefour, un tramway ou une voie ferrée.
Au-delà de ses qualités phoniques, le vitrage 44.2 apporte également un renforcement de la sécurité (retard à l’effraction, maintien des fragments en cas de casse), ce qui en fait une solution polyvalente. L’inconvénient principal reste son poids important, qui impose une quincaillerie de qualité et limite parfois les dimensions des ouvrants, notamment sur des menuiseries PVC.
Double vitrage asymétrique 10/16/6 versus configuration symétrique classique
Le double vitrage asymétrique 10/16/6 repose sur l’association de deux verres d’épaisseurs différentes : 10 mm côté extérieur et 6 mm côté intérieur, séparés par une lame d’argon de 16 mm. Cette dissymétrie est déterminante pour l’isolation phonique, car elle évite que les deux vitrages vibrent à la même fréquence. On parle alors de déphasage des ondes sonores, ce qui se traduit par une meilleure atténuation des bruits, notamment dans les fréquences médiums.
À performance thermique équivalente, un vitrage 10/16/6 offre généralement un Rw de 36 à 37 dB, contre environ 31 à 32 dB pour un double vitrage symétrique 4/16/4. L’écart peut paraître modeste, mais il est perceptible à l’usage : un gain de 4 à 5 dB correspond à une division par près de 3 de l’énergie acoustique transmise. C’est une solution intéressante lorsque vous cherchez à améliorer significativement le confort sonore sans recourir à un vitrage feuilleté plus coûteux et plus lourd.
En revanche, la configuration asymétrique ne remplace pas totalement le vitrage feuilleté dans les contextes les plus exposés (zones aéroportuaires, axes très circulés). Elle constitue plutôt un excellent compromis coût/performance pour des façades donnant sur une rue passante classique ou un quartier animé, en rénovation comme en construction neuve.
Triple vitrage phonique : analyse du rapport isolation acoustique-thermique
Le triple vitrage est souvent perçu comme la solution « ultime » en matière d’isolation, mais cette réputation concerne surtout l’aspect thermique. D’un point de vue acoustique, le triple vitrage standard n’apporte pas forcément un gain significatif par rapport à un bon double vitrage phonique. La raison ? Les trois verres sont généralement d’épaisseur similaire (par exemple 4/12/4/12/4), ce qui ne favorise pas le déphasage des ondes sonores et peut même induire des résonances internes.
En pratique, un triple vitrage classique affiche souvent un Rw compris entre 36 et 38 dB, soit des valeurs comparables à un double vitrage asymétrique optimisé. En revanche, la résistance thermique Ug est nettement meilleure (jusqu’à 0,5–0,7 W/m².K), ce qui en fait un choix pertinent pour les bâtiments très basse consommation. Pour obtenir de vraies performances phoniques avec un triple vitrage, il est nécessaire de combiner épaisseurs de verres différentes et au moins un verre feuilleté acoustique, ce qui renchérit fortement le coût.
Dans une optique d’isolation acoustique des menuiseries, le triple vitrage n’est donc pas systématiquement la meilleure option. Si votre priorité absolue est le calme, un double vitrage feuilleté acoustique bien dimensionné sera souvent plus efficace, tout en restant plus léger et plus facile à mettre en œuvre. Le triple vitrage se justifie avant tout lorsque l’objectif est de combiner isolation phonique correcte et très haute performance thermique.
Vitrage à lame argon et son impact sur l’affaiblissement acoustique
La plupart des vitrages isolants modernes utilisent un gaz noble (argon, krypton) dans la lame intermédiaire pour améliorer les performances thermiques. L’argon, plus lourd que l’air, réduit les mouvements convectifs à l’intérieur de la lame et limite les déperditions de chaleur. Sur le plan acoustique, son impact est plus nuancé : le simple remplacement de l’air par de l’argon n’augmente l’indice Rw que de 1 à 2 dB au mieux, ce qui reste marginal au regard du confort perçu.
En revanche, la largeur de la lame de gaz joue un rôle important dans le système masse–ressort–masse. Une lame trop fine n’offre pas de bon amortissement acoustique, tandis qu’une lame trop épaisse peut générer des phénomènes de convection. Les meilleurs compromis pour un vitrage à isolation phonique renforcée se situent généralement entre 12 et 18 mm. C’est pourquoi on retrouve fréquemment des configurations de type 44.2/16/10 ou 10/16/6 sur les fenêtres acoustiques.
L’intérêt majeur de la lame argon reste donc thermique, mais elle permet de conserver de bonnes performances énergétiques tout en adoptant des vitrages feuilletés épais, plus lourds. Lors d’un projet d’isolation phonique des fenêtres, vous avez tout intérêt à exiger un vitrage rempli à l’argon certifié, qui vous garantira un bon équilibre entre affaiblissement acoustique, confort d’hiver et limitation des surchauffes en été (en association avec un traitement faible émissivité adapté).
Menuiseries PVC, aluminium et bois : comparatif des performances acoustiques
Si le vitrage représente la majeure partie de la surface transparente, le matériau du châssis n’est pas à négliger en isolation phonique. Le cadre conditionne à la fois la rigidité de la fenêtre, la continuité de l’étanchéité périphérique et la proportion de vitrage. En moyenne, une menuiserie de qualité avec un vitrage acoustique performant atteindra difficilement ses objectifs si le profilé est trop léger, mal compartimenté ou associé à des joints de faible qualité.
Bonne nouvelle : les progrès industriels ont considérablement réduit les écarts entre PVC, aluminium et bois en matière d’isolation acoustique. Dans la plupart des cas, les différences de performance se jouent davantage sur la conception des profilés (multi-chambres, rupteurs de ponts thermiques, densité du matériau) que sur la nature du matériau lui-même. Le choix pourra donc se faire en combinant critères esthétiques, contraintes réglementaires (PLU, ABF) et budget, tout en vérifiant attentivement les indices Rw et RA,tr des menuiseries complètes.
Profilés PVC multi-chambres gealan S9000 et veka softline 82
Les profilés PVC modernes de type Gealan S9000 ou Veka Softline 82 illustrent bien le potentiel acoustique des menuiseries PVC. Leur conception multi-chambres, associée à des joints périphériques multiples (jusqu’à trois joints sur certains systèmes), crée une succession de barrières à l’air et au bruit. Chaque chambre d’air interne agit comme un petit « ressort » qui réduit la transmission des vibrations entre l’extérieur et l’intérieur.
En configuration standard avec un double vitrage 4/16/4, ces profilés atteignent déjà des indices Rw de l’ordre de 33 à 35 dB pour la fenêtre complète. En intégrant un vitrage feuilleté acoustique 44.2/16/10, les mêmes châssis PVC peuvent facilement dépasser les 40 dB de RA,tr, sous réserve d’une pose conforme au DTU 36.5. La rigidité est assurée par des renforts acier internes qui limitent les déformations et garantissent une compression homogène des joints, indispensable pour l’étanchéité à l’air.
Le PVC présente également l’avantage d’un bon rapport qualité/prix pour l’isolation phonique des fenêtres, ce qui en fait un choix pertinent pour les projets de rénovation en milieu urbain où plusieurs ouvertures sont concernées. Il faudra toutefois veiller à limiter la largeur apparente des profils afin de conserver une surface vitrée suffisante et à choisir des menuiseries de gamme reconnue, certifiées Acotherm et NF.
Menuiseries aluminium à rupture de pont thermique : systèmes technal soleal et schüco AWS
Longtemps pénalisé par sa conductivité thermique et sa rigidité, l’aluminium a fait un bond qualitatif grâce aux systèmes à rupture de pont thermique, comme Technal Soleal ou Schüco AWS. Ces menuiseries intègrent des barrettes isolantes en polyamide ou matériaux composites entre les demi-profilés intérieur et extérieur, ce qui limite la transmission de chaleur mais aussi, dans une certaine mesure, des vibrations sonores.
Sur le plan acoustique, l’aluminium bien conçu offre des performances très proches du PVC, avec un avantage important : la possibilité de réaliser de grandes surfaces vitrées et des dormants plus fins. Plus la proportion de vitrage est élevée par rapport au châssis, plus il est simple d’optimiser l’isolation phonique en jouant sur la composition du vitrage. Les systèmes Technal ou Schüco équipés de vitrages 44.2/16/10 ou équivalents atteignent couramment des indices Rw supérieurs à 40 dB pour les menuiseries complètes.
L’aluminium nécessite en revanche un soin particulier apporté aux accessoires : cales de vitrage adaptées, joints coextrudés de haute qualité, quincaillerie robuste pour supporter le poids des vitrages acoustiques. Pour un projet de façade très exposée (immeuble en bord de périphérique, par exemple), il est fréquent de s’orienter vers des menuiseries aluminium haut de gamme avec certification acoustique spécifique (classe AC3 ou AC4).
Essences de bois dense : chêne, méranti et leurs propriétés d’absorption phonique
Le bois reste un matériau de référence pour l’isolation phonique des menuiseries grâce à sa densité et à sa structure cellulaire naturellement amortissante. Des essences comme le chêne ou le méranti, plus denses que le pin, offrent de meilleures capacités d’absorption des vibrations et une excellente stabilité mécanique. En d’autres termes, un cadre bois massif de qualité agit comme une « base lourde » qui limite les résonances et renforce la loi de masse de la fenêtre.
Dans la pratique, une fenêtre bois bien dimensionnée, équipée d’un vitrage phonique type 44.2/16/10, peut facilement rivaliser avec les meilleures menuiseries PVC ou aluminium, voire les dépasser légèrement en termes de RA,tr. De nombreux fabricants de fenêtres bois sur mesure annoncent des affaiblissements acoustiques globaux de 40 à 44 dB pour leurs gammes à épaisseur de 68 à 78 mm. Le bois apporte en outre un confort thermique et visuel très apprécié, notamment dans les chambres et les pièces de vie.
En contrepartie, les menuiseries bois exigent un entretien régulier (lasure ou peinture) pour conserver leurs performances d’étanchéité à l’air, condition indispensable à une bonne isolation phonique. Si vous privilégiez ce matériau, il est judicieux de choisir des menuiseries certifiées Acotherm et NF, avec une essence adaptée au climat local et un traitement de finition de qualité.
Menuiseries mixtes bois-aluminium pour isolation acoustique renforcée
Les menuiseries mixtes bois-aluminium combinent un châssis bois côté intérieur et un parement aluminium côté extérieur. D’un point de vue acoustique, cette double structure « masse–masse » offre des performances très élevées : le bois assure la densité et l’absorption, tandis que la coque aluminium protège des intempéries et renforce la rigidité globale. Ce type de fenêtre haut de gamme est particulièrement intéressant pour les façades très exposées nécessitant à la fois design contemporain et confort phonique.
Associées à un vitrage feuilleté acoustique, les menuiseries mixtes bois-alu atteignent sans difficulté des indices Rw de 42 à 45 dB, avec des RA,tr compatibles avec les classes AC3 et AC4. Elles sont fréquemment prescrites dans les bâtiments tertiaires ou résidentiels situés en zone aéroportuaire ou à proximité d’axes de circulation majeurs. Leur coût est supérieur à celui du PVC ou de l’alu seul, mais leur durabilité et leur faible entretien côté extérieur compensent en partie cet investissement initial.
Si vous recherchez le meilleur compromis entre esthétique, pérennité et isolation phonique des menuiseries, les fenêtres mixtes bois-aluminium constituent souvent la solution idéale, à condition de les associer à une pose irréprochable et à un traitement des points singuliers (coffres de volets, entrées d’air, liaisons mur/fenêtre).
Systèmes d’étanchéité périphérique et joints acoustiques pour menuiseries
Un vitrage performant et un châssis de qualité ne suffisent pas à garantir une bonne isolation acoustique si l’étanchéité périphérique n’est pas maîtrisée. Là où l’air passe, le bruit passe également. Le traitement des joints entre ouvrant et dormant, mais aussi entre dormant et mur support, constitue donc un enjeu majeur. Une fenêtre mal calfeutrée peut perdre jusqu’à 5 à 10 dB de performance par rapport à ses valeurs de laboratoire.
Les systèmes d’étanchéité se composent généralement de joints à lèvres (EPDM ou silicone), de bandes de précompression pour les jeux périphériques et, le cas échéant, de mousses polyuréthane acoustiques pour combler les cavités du tableau. L’objectif est de créer une continuité acoustique et d’éviter les ponts phoniques, tout en respectant les exigences de ventilation du logement.
Joints à lèvre EPDM et silicone : positionnement sur dormant et ouvrant
Les joints à lèvre en EPDM ou en silicone sont les premiers remparts contre les infiltrations d’air et donc de bruit. Ils se positionnent sur le pourtour du dormant et parfois aussi sur l’ouvrant, de manière à assurer une compression efficace lors de la fermeture de la fenêtre. La plupart des menuiseries modernes intègrent deux ou trois niveaux de joints (joint extérieur, joint médian, joint intérieur) pour créer une succession de chambres étanches.
Pour garantir la performance acoustique, il est essentiel que ces joints soient continus, sans coupure aux angles, et qu’ils conservent leur élasticité dans le temps. Un joint écrasé, durci ou mal positionné laisse passer l’air sous l’effet du vent et dégrade fortement l’indice RA,tr de la menuiserie. Lors d’une rénovation, le simple remplacement de joints usés peut parfois apporter un gain de 3 à 5 dB, notamment sur des fenêtres encore en bon état par ailleurs.
Vous pouvez vérifier visuellement la présence de ces joints sur vos fenêtres et tester leur efficacité en passant une feuille de papier entre l’ouvrant et le dormant : si la feuille se retire facilement fenêtre fermée, la compression est insuffisante et l’étanchéité à l’air (et au bruit) n’est pas optimale.
Bandes de précompression illmod et leur rôle dans la continuité acoustique
Entre le dormant de la fenêtre et le tableau du mur, un jeu de quelques millimètres à quelques centimètres doit être comblé pour assurer la fixation et l’étanchéité. Les bandes de précompression de type illmod (ou équivalentes) sont des mousses imprégnées qui se dilatent progressivement après la pose pour remplir cet espace. Elles assurent une triple fonction : étanchéité à l’air, étanchéité à l’eau et continuité acoustique.
Contrairement aux mastics ou aux simples mousses expansives non protégées, ces bandes de précompression présentent une durabilité élevée et conservent une élasticité suffisante pour absorber les mouvements différentiels entre la menuiserie et le mur (dilatations thermiques, tassements). Utilisées correctement selon les prescriptions du DTU 36.5, elles permettent de rapprocher les performances in situ de celles mesurées en laboratoire pour la fenêtre.
Dans un projet d’isolation phonique des menuiseries, il est vivement conseillé de prévoir l’usage de ces bandes de précompression en périphérie des dormants, en complément d’un calfeutrement intérieur adapté. N’hésitez pas à demander explicitement cette solution à votre installateur et à vérifier qu’elle figure dans le devis.
Mousse polyuréthane acoustique pour le calfeutrement des tableaux
La mousse polyuréthane (PU) est fréquemment utilisée pour combler les vides entre le dormant et le mur, notamment dans les tableaux de grande largeur. Toutefois, toutes les mousses ne se valent pas du point de vue acoustique. Les mousses spécialement formulées pour l’isolation phonique présentent une densité et une élasticité adaptées, permettant de mieux amortir les vibrations et d’éviter l’effet « peau de tambour » de certaines mousses trop rigides.
En pratique, la mousse PU acoustique doit être utilisée en complément, et non en remplacement, des bandes de précompression et des joints à lèvre. Elle permet de remplir les cavités profondes et d’améliorer le confort phonique, à condition d’être protégée des UV et de l’humidité par des finitions adéquates (enduits, habillages). Il est important de proscrire les bourrages approximatifs à la mousse standard non maîtrisée, souvent source de désordres ultérieurs (fissurations, infiltrations, ponts thermiques et phoniques).
Si vous souhaitez optimiser l’isolation acoustique lors d’un changement de fenêtres, demandez à votre artisan quelle mousse sera utilisée et dans quelles conditions. Une mousse spécifiquement certifiée pour l’isolement acoustique, combinée à une mise en œuvre soignée, peut apporter plusieurs décibels de gain par rapport à une pose minimale.
Menuiseries spécifiques pour zones à forte nuisance sonore urbaine et aéroportuaire
Dans certains contextes, la simple amélioration du vitrage et des joints ne suffit plus. C’est le cas des logements situés en façade d’axes routiers majeurs, à proximité immédiate d’une voie ferrée ou dans le périmètre d’un aéroport soumis à un Plan d’Exposition au Bruit (PEB). Dans ces situations, il est nécessaire d’adopter des menuiseries spécifiques, conçues pour atteindre des classes d’affaiblissement élevées et répondre aux exigences réglementaires ou aux aides publiques éventuelles.
Ces menuiseries « très haute performance acoustique » combinent généralement vitrages feuilletés multicouches, châssis renforcés, joints multiples et traitement soigné de l’étanchéité périphérique. Elles peuvent également être complétées par des doubles-fenêtres ou des systèmes de survitrage, afin de créer une double barrière phonique autour de la baie.
Fenêtres acoustiques classe AC3 et AC4 selon NF EN ISO 717-1
Le label Acotherm, basé notamment sur la norme NF EN ISO 717-1, classe les fenêtres en quatre catégories acoustiques, de AC1 à AC4, en fonction de l’affaiblissement Rw+Ctr mesuré. Les classes AC3 et AC4 correspondent aux menuiseries les plus performantes, destinées aux environnements particulièrement bruyants. Concrètement, une fenêtre AC3 offre un affaiblissement RA,tr d’environ 36 dB, tandis qu’une fenêtre AC4 peut dépasser les 40 dB.
Pour un logement exposé à un niveau de bruit extérieur de l’ordre de 70 à 75 dB(A), ces performances sont indispensables pour revenir à des niveaux intérieurs acceptables (35 à 40 dB(A) dans les pièces de vie, 30 à 35 dB(A) dans les chambres). Les fenêtres AC3 et AC4 intègrent presque systématiquement des vitrages feuilletés acoustiques épaissis (44.2 Silence, 55.2 ou plus), avec des lames d’argon optimisées et des profilés de châssis aux sections renforcées.
Si votre projet se situe en zone PEB aéroportuaire ou le long d’une infrastructure de transport majeure, il est pertinent de viser au minimum la classe AC3 pour les pièces principales, voire AC4 pour les chambres les plus exposées. Pensez à demander les fiches de certification Acotherm à votre menuisier pour vérifier la classe exacte des produits proposés.
Doubles-fenêtres et systèmes de survitrage technal acostic+
Lorsque les contraintes architecturales, patrimoniales ou budgétaires limitent le remplacement complet des menuiseries, le recours à des doubles-fenêtres ou à des systèmes de survitrage peut constituer une alternative très efficace. Le principe consiste à ajouter une seconde fenêtre (ou un second vitrage) derrière ou devant la fenêtre existante, en créant un espace d’air important entre les deux plans vitrés (idéalement 10 à 20 cm).
Ce dispositif masse–ressort–masse à grande lame d’air offre des gains phoniques spectaculaires : un double dispositif correctement conçu peut dépasser 40 à 45 dB d’affaiblissement global, même si la fenêtre initiale n’était pas très performante. Des systèmes industriels comme Technal Acostic+ ont été développés spécifiquement pour ce type d’application, avec des profilés aluminium fins et des vitrages acoustiques adaptés, tout en préservant au maximum la luminosité.
Les doubles-fenêtres et survitrages exigent toutefois une mise en œuvre très soignée, une gestion rigoureuse de la ventilation (pour éviter la condensation) et un entretien adapté. Ils sont particulièrement intéressants pour les bâtiments classés ou les façades où le remplacement des menuiseries d’origine est interdit par les Architectes des Bâtiments de France.
Solutions pour exposition aux bruits de trafic routier supérieurs à 75 dB(A)
Au-delà de 75 dB(A) en façade, le bruit routier devient extrêmement pénalisant pour le confort de vie. Dans ces situations extrêmes, les solutions d’isolation phonique des menuiseries doivent être pensées dans le cadre d’une stratégie globale incluant également les murs de façade, la toiture, les coffres de volets et les entrées d’air. Du point de vue des fenêtres, il est généralement nécessaire de cumuler plusieurs dispositifs.
On privilégiera des menuiseries de classe AC4, avec vitrages feuilletés multicouches (par exemple 66.2/16/10 ou 44.6/16/6), châssis bois ou mixtes à forte section, et joints périphériques multiples. L’ajout d’une deuxième fenêtre (double-fenêtre intérieure) ou d’un survitrage acoustique peut permettre de gagner encore 10 à 15 dB. Il est également indispensable de traiter les coffres de volets roulants (ou de les externaliser), et de choisir des entrées d’air acoustiques certifiées, dimensionnées selon les exigences de la VMC.
Dans ce type de configuration, l’intervention d’un acousticien bâtiment est vivement recommandée pour établir un diagnostic précis et dimensionner les solutions. Un mauvais choix ou une pose approximative peut réduire à néant des investissements importants, alors qu’une approche globale et coordonnée permet d’atteindre un confort intérieur satisfaisant, même dans un environnement très bruyant.
Installation et mise en œuvre selon DTU 36.5 pour garantir les performances acoustiques
Les performances acoustiques annoncées par les fabricants sont obtenues en laboratoire, dans des conditions de pose idéales. Pour s’en approcher sur chantier, la mise en œuvre doit impérativement respecter les prescriptions de la norme NF DTU 36.5 « Mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures ». Cette norme encadre le choix du mode de pose (en applique, en feuillure, en tunnel), le calage et le vissage des dormants, le traitement de l’étanchéité à l’air et à l’eau, ainsi que la coordination avec les autres corps d’état (isolation, électricité, ventilation).
Du point de vue acoustique, les points critiques sont toujours les mêmes : continuité de l’étanchéité périphérique, désolidarisation des éléments susceptibles de transmettre des vibrations (appuis, tablettes, coffres de volets), traitement des joints entre menuiserie et mur. Une fenêtre parfaitement performante sur le papier peut perdre 5 à 10 dB en cas de défauts de pose, ce qui annule en pratique l’intérêt d’un vitrage acoustique haut de gamme.
Pour sécuriser votre projet, il est recommandé de :
- faire réaliser un relevé précis des supports (planéité, nature des murs, présence d’ancienne menuiserie) avant de choisir le type de pose ;
- privilégier la dépose totale des anciens dormants lorsque c’est possible, afin d’éviter les ponts phoniques liés aux anciens cadres et d’augmenter le clair de vitrage ;
- exiger la mise en œuvre de bandes de précompression et de calfeutrements adaptés (mousses acoustiques, joints mastic) sur l’ensemble du pourtour de la fenêtre ;
- vérifier que les entrées d’air, si elles sont nécessaires pour la ventilation, sont de type acoustique et correctement intégrées à la menuiserie.
Enfin, n’hésitez pas à demander à votre installateur une attestation de conformité à la NF DTU 36.5 et à contrôler, lors de la réception, l’absence de fuites d’air perceptibles au niveau des joints (test à la main ou avec une bougie en période de vent). Pour les projets les plus sensibles, un contrôle acoustique in situ (mesure de l’affaiblissement de façade avant/après travaux) peut être réalisé par un acousticien, afin de vérifier que les objectifs de performance ont bien été atteints.