# Menuiserie et RT 2020 : quelles obligations pour un habitat écologique ?
La transition énergétique dans le secteur du bâtiment franchit un cap décisif avec l’entrée en vigueur de la Réglementation Environnementale 2020. Cette nouvelle norme transforme radicalement les exigences imposées aux menuiseries extérieures, qui ne sont plus seulement évaluées sur leurs performances thermiques, mais également sur leur empreinte carbone globale. Les fabricants et installateurs doivent désormais intégrer une approche holistique, prenant en compte l’ensemble du cycle de vie des produits, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à leur recyclage en fin de vie. Cette évolution réglementaire bouleverse les pratiques établies et impose une remise en question profonde des solutions traditionnellement proposées. Pour les professionnels du bâtiment comme pour les maîtres d’ouvrage, comprendre ces nouvelles obligations devient indispensable pour garantir la conformité des projets de construction.
Réglementation environnementale RE 2020 : cadre normatif et exigences thermiques pour la menuiserie
La RE 2020 marque une rupture fondamentale avec l’approche de la RT 2012 en élargissant considérablement le périmètre d’évaluation des performances des menuiseries. Contrairement à son prédécesseur qui se concentrait principalement sur les consommations énergétiques en phase d’exploitation, cette nouvelle réglementation intègre l’analyse du cycle de vie complet des produits. Les menuiseries extérieures se trouvent ainsi au cœur d’une double exigence : optimiser les performances thermiques tout en minimisant l’impact environnemental des matériaux utilisés.
Cette approche globale impose aux fabricants de repenser entièrement leurs processus de production et leurs choix de matériaux. Les données environnementales doivent désormais être documentées avec précision, depuis la phase de fabrication jusqu’au potentiel de recyclage. Cette traçabilité exhaustive représente un défi majeur pour l’ensemble de la filière, qui doit s’équiper d’outils de mesure et de certification adaptés. Comment les professionnels peuvent-ils naviguer dans ce nouveau paysage réglementaire tout en maintenant leur compétitivité ?
Seuils de performance énergétique bbio et cep,nr imposés aux menuiseries extérieures
L’indicateur Bbio, représentant le besoin bioclimatique du bâtiment, fixe un seuil maximal de 63 points pour les constructions neuves. Les menuiseries jouent un rôle déterminant dans l’atteinte de cet objectif, car elles influencent directement les déperditions thermiques et les apports solaires gratuits. La surface vitrée minimale, fixée à 1/6 de la surface habitable, doit être soigneusement dimensionnée pour optimiser l’éclairage naturel sans compromettre l’isolation globale.
Le Cep,nr, quant à lui, limite la consommation d’énergie primaire non renouvelable à 55 kWhep/m²/an pour les maisons individuelles. Cette contrainte pousse vers l’adoption de menuiseries ultra-performantes capables de limiter drastiquement les besoins en chauffage. Les fabricants doivent proposer des solutions atteignant des coefficients de transmission thermique toujours plus bas, tout en préservant les qualités esthétiques et fonctionnelles attendues par les utilisateurs.
Coefficient de transmission thermique uw et facteur solaire sw des menuiseries certifiées
Le coefficient Uw mesure la performance d’isolation thermique globale de la fenêtre, cadre et vitrage inclus. Pour répondre aux exigences de la RE 2020, les menuiseries do
doivent afficher un Uw inférieur ou égal à 1,4 W/m².K pour être considérées comme réellement compatibles avec un projet RE 2020 en maison individuelle. Plus ce coefficient est bas, plus la menuiserie limite les déperditions en hiver et les surchauffes par effet de paroi froide. Dans certains projets très performants, visant un niveau proche du passif, on privilégiera des fenêtres avec Uw ≤ 1,0 W/m².K, notamment en façade nord et sur les zones les plus exposées au vent.
Le facteur solaire Sw traduit, lui, la capacité du vitrage à laisser entrer l’énergie solaire. Un Sw élevé (0,55 à 0,65) est intéressant sur les façades sud et est pour profiter des apports gratuits en hiver. À l’inverse, sur les façades ouest, souvent responsables de surchauffes estivales, on privilégiera des menuiseries avec un Sw un peu plus modéré associé à des protections solaires efficaces. Tout l’enjeu consiste à trouver le bon compromis entre isolation (Uw), apports solaires (Sw) et confort d’été afin de respecter à la fois le Bbio et le coefficient de confort estival DH.
Indicateur ic énergie et ic carbone : impact des matériaux de menuiserie sur le bilan environnemental
Avec la RE 2020, les menuiseries ne sont plus choisies uniquement pour leur Uw ou leur Sw : leur empreinte carbone entre désormais dans le calcul réglementaire via les indicateurs Ic énergie et Ic construction (souvent appelé Ic carbone). Le bureau d’études thermiques doit quantifier les émissions de CO₂ liées à la fabrication, au transport, à la mise en œuvre et à la fin de vie de chaque fenêtre, porte-fenêtre ou baie coulissante. Pour ce faire, il s’appuie sur les FDES (Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire) ou les PEP des fabricants, répertoriées sur la base de données INIES.
Concrètement, une menuiserie aluminium non optimisée ou une fenêtre PVC sans données environnementales spécifiques se verra souvent affecter une valeur par défaut majorée de 30 %, pénalisante pour l’indicateur Ic construction. À l’inverse, une menuiserie bois issue de forêts gérées durablement, ou un profilé PVC recyclé disposant d’une FDES spécifique, pourra améliorer significativement le bilan carbone du projet. Les maîtres d’ouvrage ont donc tout intérêt à privilégier des produits accompagnés de données environnementales vérifiées, faute de quoi le bâtiment risque de ne pas passer les seuils dégressifs d’Ic construction prévus entre 2025 et 2031.
Exigences d’étanchéité à l’air AEV et perméabilité A*4 pour les fenêtres et portes-fenêtres
L’étanchéité à l’air des menuiseries est un autre pilier de la RE 2020, car elle conditionne directement la performance réelle du bâti et le respect du test de perméabilité à l’air. Les fenêtres et portes-fenêtres doivent présenter un classement AEV (Air, Eau, Vent) adapté à la zone climatique et à l’exposition au vent du bâtiment. Dans la plupart des projets résidentiels, on visera au minimum une classement A*4 pour l’air, garantissant une très faible perméabilité, complété par un classement E** et V** cohérents avec le site (par exemple E*7B / V*C3 en zone exposée).
Sur le plan réglementaire, l’objectif est de respecter un résultat global de Q4 < 0,6 m³/h.m² en maison individuelle, voire 0,4 m³/h.m² pour les projets les plus performants. Une menuiserie mal étanche peut suffire à faire échouer le test d’infiltrométrie, même si l’isolation est excellente par ailleurs. D’où l’importance de choisir des gammes avec joints de compression continus, profils multichambres et ferrages de qualité. Vous l’aurez compris : la performance AEV n’est pas un simple détail technique, mais un critère structurant pour la conformité RE 2020.
Matériaux de menuiserie conformes RE 2020 : bois, aluminium à rupture de pont thermique et PVC recyclé
Le choix des matériaux de menuiserie influence à la fois la performance thermique, le confort d’usage et le bilan carbone du bâtiment. Sous RE 2020, il ne s’agit plus d’opposer bois, aluminium et PVC, mais de comprendre comment chaque solution peut contribuer à un habitat écologique lorsqu’elle est bien conçue. Les menuiseries mixtes (bois-alu, alu-PVC) viennent d’ailleurs enrichir le panel de solutions disponibles pour les architectes et maîtres d’œuvre.
Pour faire les bons arbitrages, il est utile de raisonner comme un « budget carbone » : quelle quantité de CO₂ chaque matériau va-t-il mobiliser, et quels gains de performance énergétique permet-il en contrepartie ? Une menuiserie bois très performante sur le plan environnemental mais mal posée sera moins vertueuse qu’une menuiserie aluminium RPT très bien intégrée dans une enveloppe compacte et étanche. L’enjeu est donc de concilier choix du matériau, performance thermique et qualité de mise en œuvre.
Essences de bois certifiées PEFC et FSC pour menuiseries écologiques : douglas, mélèze et chêne
Le bois reste le matériau de référence pour qui souhaite réduire l’empreinte carbone de ses menuiseries. Dans le cadre de la RE 2020, on privilégiera des essences issues de forêts gérées durablement, certifiées PEFC ou FSC. Ces labels garantissent une gestion raisonnée de la ressource, une traçabilité des bois et une préservation de la biodiversité. Les essences les plus couramment utilisées pour les fenêtres extérieures sont le douglas, le mélèze et le chêne, chacune avec ses atouts spécifiques.
Le douglas, naturellement durable et peu sensible aux attaques biologiques, est particulièrement apprécié en construction ossature bois. Le mélèze offre une excellente résistance en extérieur, notamment en montagne ou en climat humide, tout en affichant de très bonnes performances thermiques. Le chêne, plus dense et plus noble, est souvent réservé aux projets haut de gamme ou aux rénovations patrimoniales. Sur le plan réglementaire, ces menuiseries bois bénéficient d’un profil carbone favorable, certains produits étant même considérés comme « puits de carbone » dans les calculs Ic construction.
Profilés aluminium à rupture de pont thermique RPT : performances des systèmes technal, schüco et kawneer
L’aluminium a longtemps souffert d’une image de « mauvais élève » énergétique. Les choses ont profondément changé avec l’arrivée des profilés à rupture de pont thermique (RPT), qui permettent d’atteindre des performances Uw comparables au bois ou au PVC tout en conservant la finesse et la robustesse de l’alu. Les grands gammistes comme Technal, Schüco ou Kawneer proposent aujourd’hui des systèmes de menuiseries très performants, adaptés aux exigences de la RE 2020.
Grâce à des barrettes isolantes en polyamide renforcé, des multi-chambres et des joints périphériques optimisés, ces profils aluminium RPT peuvent descendre sous les 1,3 W/m².K de Uw en double vitrage, et approcher 0,9 W/m².K en triple vitrage sur certains châssis à ouvrant caché. Leur résistance mécanique autorise de grandes baies vitrées, favorables aux apports solaires gratuits et à la luminosité naturelle. En revanche, leur bilan carbone reste plus élevé que celui du bois, ce qui impose de bien documenter les FDES et de compenser par des choix vertueux sur d’autres postes (isolation biosourcée, structure bois, etc.).
PVC recyclé et composites biosourcés : solutions veka softline 82 et gealan futura S 9000
Le PVC conserve une place importante sur le marché résidentiel en raison de son excellent rapport performance/prix. Pour être pleinement compatible avec un habitat écologique et bas-carbone, il doit toutefois évoluer vers des formulations plus vertueuses. C’est précisément ce que proposent les gammes de PVC recyclé et de composites biosourcés. Des fabricants comme Veka avec sa gamme Softline 82 ou Gealan avec Futura S 9000 intègrent désormais une part importante de PVC recyclé dans l’âme du profilé, tout en conservant une peau extérieure en PVC vierge pour garantir l’esthétique et la durabilité.
Ces systèmes multichambres permettent d’atteindre des Uw de l’ordre de 1,0 à 1,2 W/m².K en double vitrage, voire moins de 0,9 W/m².K en triple vitrage. Sur le plan environnemental, l’utilisation de matière recyclée réduit significativement l’Ic construction associé aux menuiseries. Certains industriels expérimentent également des composites associant PVC et fibres végétales (chanvre, lin, bois reconstitué) pour améliorer encore le profil carbone. Pour vous, maître d’ouvrage ou architecte, cela signifie que le PVC peut être une solution RE 2020 compatible, à condition de choisir des gammes disposant de FDES spécifiques et clairement orientées vers le recyclage.
Vitrages haute performance énergétique et triple vitrage pour conformité RE 2020
Si le cadre de la fenêtre joue un rôle clé, le vitrage concentre à lui seul l’essentiel de la surface de la menuiserie. Sous RE 2020, le simple vitrage et les doubles vitrages peu performants n’ont plus leur place dans les constructions neuves. On se dirige vers des vitrages haute performance, avec faible émissivité, remplissage gaz et intercalaires à bords chauds, voire vers le triple vitrage dans les zones climatiques les plus rigoureuses.
L’objectif est double : réduire les déperditions thermiques (Ug faible) tout en maintenant un niveau satisfaisant d’apports solaires et de lumière naturelle (Sw et TLw corrects). Il s’agit en quelque sorte de doter la menuiserie d’un « manteau isolant transparent », capable de laisser passer la lumière sans laisser s’échapper la chaleur. Les solutions proposées par les grands verriers répondent désormais très précisément à ces exigences.
Triple vitrage à isolation renforcée VIR : coefficient ug inférieur à 0,7 W/m².K
Le triple vitrage à isolation renforcée (VIR) s’impose progressivement dans les projets visant une très forte sobriété énergétique, notamment en climat froid ou en façade nord. Grâce à ses trois feuilles de verre séparées par deux lames d’argon ou de krypton, il peut afficher un Ug ≤ 0,7 W/m².K, voire 0,5 W/m².K pour les produits les plus performants. En pratique, cela se traduit par une sensation de paroi nettement plus chaude à proximité des fenêtres, même en plein hiver.
Ce gain de performance améliore le Bbio et réduit les besoins de chauffage, mais il ne doit pas se faire au détriment de la luminosité. Le triple vitrage présente en effet une transmission lumineuse (TLw) légèrement inférieure à celle d’un double vitrage performant. Il convient donc de l’utiliser avec discernement : en façade nord ou sur les pignons exposés au vent, il fait des merveilles ; en façade sud, il pourra être réservé aux projets où les déperditions doivent être minimisées au maximum, en veillant à conserver de bons apports solaires.
Vitrages à contrôle solaire et traitement ITR : solutions Saint-Gobain climaplus et guardian ClimaGuard
Les vitrages à contrôle solaire jouent un rôle déterminant dans le respect de l’indicateur DH (degré-heure), qui mesure le risque de surchauffe estivale. Des gammes comme Climaplus chez Saint-Gobain ou ClimaGuard chez Guardian associent un traitement ITR (Isolation Thermique Renforcée) à une couche de contrôle solaire, déposée par procédé magnétron. Cette couche ultra-fine agit comme un « filtre sélectif » : elle laisse entrer la lumière tout en limitant une partie du rayonnement infrarouge responsable de la chaleur.
Dans un projet RE 2020, ces vitrages permettent de maintenir un Ug bas (souvent 1,0 à 1,1 W/m².K en double vitrage) tout en réduisant le facteur solaire g, et donc les apports de chaleur en été. Ils sont particulièrement indiqués sur les façades ouest, souvent difficiles à protéger, ainsi que sur les grandes baies vitrées plein sud lorsque les protections solaires extérieures ne peuvent pas être optimales. Vous gagnez ainsi en confort d’été sans avoir recours systématiquement à la climatisation, ce qui est parfaitement en ligne avec la philosophie de la RE 2020.
Gaz argon et krypton dans l’intercalaire : optimisation des performances thermiques des vitrages
Le remplissage de la lame d’air entre les vitrages est un levier simple mais puissant pour améliorer la performance thermique. L’argon est aujourd’hui le gaz le plus couramment utilisé, car il offre un excellent compromis entre performance et coût. Il permet de réduire sensiblement le Ug par rapport à un remplissage à l’air, tout en restant abordable pour la plupart des projets. Dans les configurations les plus exigeantes (triple vitrage très performant, sites très froids), on peut recourir au krypton, plus coûteux mais encore plus isolant.
Sur le plan de la RE 2020, l’utilisation de ces gaz inertes contribue à limiter les déperditions sans alourdir exagérément le bilan carbone, à condition bien sûr que les vitrages soient durables et que l’étanchéité des intercalaires soit irréprochable. Il est important de veiller à la qualité de fabrication : des intercalaires mal sertis peuvent laisser s’échapper le gaz au fil des années, dégradant progressivement les performances et remettant en cause les hypothèses de calcul initiales du bureau d’études.
Warm-edge et espaceurs à bords chauds swisspacer et TGI-Spacer pour réduction des ponts thermiques
Les ponts thermiques linéiques au pourtour des vitrages constituent un autre point de vigilance souvent sous-estimé. Pour les réduire, l’industrie a développé des intercalaires à bords chauds, aussi appelés « warm-edge ». Des fabricants comme Swisspacer ou TGI-Spacer proposent des espaceurs composites, moins conducteurs que les anciens intercalaires en aluminium. Résultat : la température en périphérie du vitrage est plus élevée, ce qui limite la condensation et améliore la performance globale de la baie.
Dans un calcul RE 2020, ces bords chauds permettent de faire baisser le coefficient Psi (ψ) des vitrages, donc de réduire les ponts thermiques linéiques associés aux menuiseries. C’est un peu comme si l’on s’occupait enfin des « petites fuites » d’énergie qui, mises bout à bout, peuvent coûter cher en chauffage. Pour un maître d’ouvrage, cela se traduit par des fenêtres plus confortables à proximité immédiate du vitrage, moins de risques de moisissures en tableaux et, bien sûr, un meilleur score énergétique.
Systèmes de ventilation naturelle et menuiseries : intégration des entrées d’air autoréglables
Une enveloppe très étanche, comme l’exige la RE 2020, ne peut fonctionner correctement qu’avec une ventilation maîtrisée. Les menuiseries extérieures sont alors mises à contribution pour intégrer des entrées d’air autoréglables ou hygroréglables, indispensables au bon fonctionnement des systèmes de VMC simple flux. Ces dispositifs, généralement placés en partie haute des fenêtres ou intégrés dans les coffres de volets roulants, régulent automatiquement le débit d’air en fonction de la pression ou de l’humidité intérieure.
Le défi est de combiner débit d’air réglementaire et performance acoustique et thermique. Des entrées d’air mal choisies peuvent dégrader le confort acoustique ou augmenter les déperditions. C’est pourquoi il est important de sélectionner des produits certifiés, offrant un bon affaiblissement acoustique (surtout en milieu urbain bruyant) et une intégration soignée dans la menuiserie pour limiter les fuites parasites. En phase d’étude, une coordination étroite entre le menuisier, l’installateur de VMC et le bureau d’études thermiques est indispensable pour valider le schéma de ventilation et les implantations.
Processus de certification et contrôle qualité des menuiseries RE 2020
Dans un contexte réglementaire de plus en plus exigeant, la traçabilité et la certification des menuiseries deviennent des atouts majeurs. Pour un maître d’ouvrage, choisir des produits certifiés, c’est limiter les incertitudes lors de l’étude thermique et sécuriser la conformité du projet. Pour un fabricant, c’est la garantie de voir ses performances reconnues et intégrées correctement dans les logiciels de calcul réglementaire, sans recours aux valeurs par défaut pénalisantes.
Différents niveaux de certification coexistent, depuis le simple marquage CE jusqu’aux labels les plus complets intégrant performance thermique, acoustique et durabilité. Comment s’y retrouver et quels repères privilégier lorsque l’on vise la compatibilité RE 2020 ?
Marquage CE et certification NF fenêtre CSTB pour garantie de conformité réglementaire
Le marquage CE constitue le socle minimal pour toute menuiserie mise sur le marché européen. Il atteste que le produit respecte les exigences de la norme EN 14351-1 (fenêtres et portes extérieures piétonnes) en termes de résistance mécanique, sécurité, étanchéité à l’air et à l’eau, etc. Toutefois, il s’agit d’une auto-déclaration du fabricant, qui ne garantit pas nécessairement un niveau de performance élevé ni des contrôles réguliers.
Pour aller plus loin, la certification NF Fenêtre délivrée par le CSTB et gérée par AFNOR Certification offre une garantie de qualité renforcée. Elle impose des essais en laboratoire, des audits d’usine et une vérification régulière des performances annoncées (Uw, Sw, AEV, affaiblissement acoustique, etc.). Dans le cadre d’un projet RE 2020, s’appuyer sur des menuiseries NF Fenêtre, c’est disposer de valeurs certifiées pour l’étude thermique, parfaitement alignées avec la réalité du terrain.
Label fenêtre menuiserie extérieure FME et certification ACOTHERM pour performances certifiées
Le label Fenêtre Menuiserie Extérieure (FME) vise à valoriser les fabricants engagés dans une démarche de qualité globale, incluant performance énergétique, durabilité et service après-vente. Bien que moins connu du grand public, il constitue un repère supplémentaire pour distinguer les produits sérieux des offres bas de gamme. Associé à la certification ACOTHERM, il fournit une lecture claire des performances thermiques (Th) et acoustiques (Ac) des menuiseries.
Concrètement, une fenêtre certifiée ACOTHERM portera par exemple le marquage AC1 Th11, indiquant simultanément son niveau d’isolement acoustique et sa performance thermique. Pour un bureau d’études ou un maître d’œuvre, cela simplifie la sélection de menuiseries adaptées aux contraintes du site (proximité d’une voie ferrée, façade nord très exposée, etc.) tout en assurant la conformité RE 2020. C’est un peu l’équivalent d’une étiquette énergétique détaillée pour vos fenêtres.
Essais en laboratoire selon normes EN 14351-1 et attestations de performances thermiques
Derrière chaque coefficient Uw, Sw ou classement AEV se cachent des essais en laboratoire réalisés selon des protocoles normés. La norme EN 14351-1 définit les méthodes de test pour les fenêtres et portes extérieures : résistance au vent, perméabilité à l’air, étanchéité à l’eau, résistance mécanique, etc. Les laboratoires accrédités soumettent les menuiseries à des conditions extrêmes (vents forts, pluies battantes, cycles d’ouverture-fermeture) afin de vérifier que les performances annoncées sont bien tenues.
Les résultats de ces essais donnent lieu à des rapports et attestations de performances, indispensables au marquage CE et souvent exigés dans les démarches de certification NF ou ACOTHERM. Pour un projet RE 2020, ces documents servent de base aux valeurs saisies dans le logiciel de calcul. Il est donc essentiel de les demander à vos fournisseurs et de vérifier leur actualité, en particulier si vous optez pour des menuiseries hautement performantes ou innovantes (profilés composites, vitrages spéciaux, grandes dimensions, etc.).
Mise en œuvre et installation conforme des menuiseries pour habitat bas-carbone
Une menuiserie, même excellente sur le papier, ne tiendra ses promesses que si sa pose est irréprochable. La RE 2020 renforce d’ailleurs les exigences de moyens en matière d’étanchéité à l’air, de traitement des ponts thermiques et de contrôle des systèmes de ventilation. La mise en œuvre devient ainsi un maillon stratégique de la chaîne de performance : mal maîtrisée, elle peut faire échouer le test de perméabilité à l’air et compromettre la conformité du projet.
Poser une fenêtre en RE 2020, ce n’est plus simplement « remplir un trou dans le mur » : c’est assurer la continuité des isolants, des pare-vapeur et des membranes d’étanchéité entre la menuiserie et la paroi. Autrement dit, la pose devient un véritable travail de précision, à la croisée de la menuiserie, de l’étanchéité à l’air et de l’isolation.
Techniques de pose en tableau avec mousse polyuréthane et membrane d’étanchéité
La pose en tableau (ou pose dans l’épaisseur du mur) est la technique la plus courante en construction neuve RE 2020. Elle consiste à positionner la menuiserie au plus près du plan d’isolation, voire dans l’isolant lorsque des tapées ou des dormants élargis le permettent. L’objectif est de limiter les ponts thermiques en créant un raccord continu entre l’isolant du mur et le cadre de la fenêtre.
Les joints périphériques sont traités avec une mousse polyuréthane à cellules fermées, complétée par des bandes ou membranes d’étanchéité spécifiques, côté intérieur et extérieur. Côté intérieur, la membrane assure la continuité du pare-vapeur et bloque les infiltrations d’air parasite. Côté extérieur, elle garantit l’étanchéité à l’eau tout en laissant éventuellement diffuser la vapeur d’eau. Cette double barrière, correctement dimensionnée et soigneusement mise en œuvre, est l’une des clés pour réussir le test d’infiltrométrie.
Traitement des liaisons mur-menuiserie et suppression des ponts thermiques linéiques
Les liaisons mur-menuiserie représentent des zones particulièrement sensibles en termes de ponts thermiques linéiques. Une jonction mal isolée peut créer un « point froid » générateur de condensation et de moisissures, tout en pénalisant le Bbio et le Cep,nr. Pour les traiter correctement, il est nécessaire de réfléchir à la pose des fenêtres dès la phase de conception : épaisseur de l’isolant, position dans le mur, type de tapées d’isolation, nature des appuis, etc.
Des accessoires spécifiques, comme des appuis isolants, des tapées en matériaux peu conducteurs ou des précadres en bois/ossature, permettent de réduire significativement le coefficient linéique Ψ des liaisons. Le bureau d’études thermiques peut alors intégrer des valeurs de ponts thermiques optimisées dans son calcul, améliorant la performance globale du projet. Là encore, la coordination entre l’architecte, le menuisier et l’entreprise d’isolation est essentielle pour aboutir à un détail de pose réellement performant.
Qualification RGE qualibat 8621 et attestation de conformité pour installateurs de menuiseries
Enfin, la qualité de la mise en œuvre repose largement sur la compétence des entreprises intervenantes. Dans le domaine des menuiseries extérieures, la qualification RGE Qualibat 8621 (« Fourniture et pose de menuiseries extérieures ») constitue un repère précieux. Elle atteste que l’installateur respecte un référentiel technique exigeant et qu’il est régulièrement contrôlé sur la qualité de ses chantiers.
Faire appel à une entreprise qualifiée RGE présente plusieurs avantages : meilleure maîtrise des techniques de pose compatibles RE 2020, attestations de conformité plus facilement obtenues en fin de chantier, et, le cas échéant, accès facilité à certains dispositifs d’aide (notamment en rénovation ou en extension). Pour un maître d’ouvrage, c’est une façon simple de sécuriser la performance de ses menuiseries dans la durée, et de s’assurer que l’habitat conçu comme « écologique » sur le papier le reste réellement une fois construit et habité.